Plongeon dans les recoins de nos mémoires avec, dans le cadre de la Quinzaine Numérique 2014, cette 2ème et dernière semaine du Festival « Nos petites madeleines » Ã  La Balsamine – Bruxelles jusqu’au 25 octobre 2014.

En quête de nouveaux horizons, des artistes s’emparent des arts numériques, démarche que soutient la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2006.Ce soutien trouve sa prolongation dans l’idée d’une Quinzaine dédiée à cette expression artistique, une rencontre entre ces artistes et des publics familiaux, pros ou estudiantins.
Le succès de l’édition 2013 illustrant la diversité des thématiques couvertes par les arts numériques mène à son renouvellement en 2014.Partenaire de ce programme, le théâtre la Balsamine bat pendant deux semaines au rythme des jeunes créateurs et des nouvelles technologies. Au programme : du théâtre, des performances, des concerts et des installations interactives.

Thème de cette saison : la mémoire et sur les affiches du festival, un éléphant réputé pour en avoir une phénoménale.
Comment se souvenir alors que tout va plus vite ? Qu'est-ce qui sauvegarde le mieux les choses ? Comment raviver les « arts de la mémoire » ? Le déjà-vu, déjà-entendu, déjà ressenti...La mémoire, certes mais celle qui réintroduit du vivant. Entre répétition et remémoration, entre momification et recréation. Que la proposition soit numérique, verbale ou corporelle, réunir des artistes autour de cette réflexion de la mémoire, c'est convoquer une collectivité à réfléchir sur l'oubli sélectif, voir comment le filtre agit. Quels sont les choix qu'ont opérés nos cerveaux, voir ce qu'ils nous restituent.
Si vous avez manqué la première semaine, au programme, il y avait…

Lungs [the breather] de Laura Colmenares Guerra et Todor Todoroff. Une installation interactive et immersive qui explore les processus corporels involontaires.



Skinstrap, une performance où Thomas Israël utilise son corps comme écran afin de nous raconter une histoire universelle de la couleur, suivi d'une autofiction à même la peau.






Dualskin, une performance de Thomas Israël qui dresse un petit historique humoristique de la sociologie du couple. Comme dans Skinstrap, le corps est utilisé comme espace narratif, mais ici, c'est la dualité masculin-féminin qui est explorée.





Que vous réserve cette dernière semaine ?

Le nu civil, nouveau projet écrit et mis en scène par Jean-Baptiste Calame à voir encore ce mardi 21 octobre à 20h30. Des acteurs commencent la journée autour d’un déjeuner, population qui se dissipe, les mots se perdent, les cheveux de certains aussi…Une masse menaçante commence à envahir l’espace public. Que faut-il faire ? Prendre la fuite ? prendre des mesures ? Écouter son cÅ“ur ? Ne rien vouloir savoir ?



Vieil de Jean Le Peltier  du 22 au 24 octobre à 20h30, une fable mi western mi récit fantastique qui se crée en mots et en dessins. Un comédien raconte au fusain un vieux continent, un vieux géant, un vieil ami qu’on admire sans pouvoir ignorer tous ses défauts.



Human Brush par VincentGlowinski & Jean-François Roversi. Performance de danse, dessin et musique improvisée le 25 octobre à 20h30. En 2008 Vincent Glowinski (aka Bonom) travaille avec l’artiste media Jean-François Roversi à la transposition des fresques de Bonom sous forme performative. Dans Human Brush, le corps de Vincent induit les formes projetées sur écran. Ses déplacements filmés de manière zénithale, des mouvements et figures exécutées à même le sol, capturés en temps réel s’accumulent et composent la projection. Un corps qui se veut calligraphique, qui tels les rayographes de Man Ray se dépose sur papier sensible dans un développement instantané chorégraphié. Ainsi se retrouvent ici évoqués les univers qui faisaient la richesse du travail de Bonom : imageries scientifiques, figures mythologiques, motifs de l’infiniment petit ou du démesurément cosmique,  mécanismes bioformes, bestiaires obsédants et luxuriance florale. La mémoire en tant que trace.



Petit plus, il y aura aussi des concerts accolés à la programmation. Après Human Brush, pour clôturer le festival, on accueillera Lazarine+Ext’int, deux jeunes musiciens qui font de l’électro acoustique. Et on aura aussi Joy, dans une sorte de petite avant-première, puisqu’ils viennent de sortir leur deuxième album et qu’ils seront en novembre au Botanique. À la Balsamine, ce sera leur premier concert à Bruxelles. 


Infos :

  • 13 > 25/10, €5 > 15 (Pass: €15/18/27)
  • Théâtre la Balsamine, avenue Félix Marchal 1 - 1030 Bruxelles
  • Site web du théatre de la Balsamine 
  • La Balsamine sur Facebook 
  • Quinzaine du Numérique : tout le programme                                                                                                                                                                                                                                                                                              
     



Après la soirée Actus III à l’Académie des Beaux Arts de Saint-Gilles  , nous ne quittons pas vraiment l’Académie, ni la performance puisque que je vous invite à découvrir le travail de Tristan Robin, responsable de l’atelier dessin de cette même-académie. Cette nouvelle exposition, « un temps performant » est à voir à l’ Artitude Gallery jusqu’au 18 octobre 2014. 


Tristan Robin y poursuit ici sa réflexion menée depuis quelques années sur l’habitat pavillonnaire et le conformisme mortifère de son « prêt-à-
Habiter ». Son travail expose les actions triviales d’un quotidien dans l’environnement très conformiste des habitats modulaires actuels.

Au départ : une vidéo de 70 minutes réalisée en caméra fixe, image en temps réel, d’un style presque informatif, technique, didactique. Tristan Robin se filme en train de monter une structure de type de celles développées par la marque au logo bleu et jaune bien connue. Mais rien n’est vraiment statique : on y voit l’artiste se déplacer autour de cette édification cubiste et peu à peu une gestuelle du monteur se crée.

De cette performance, Tristan Robin tire une série de treize dessins, 13 empreintes de cinq minutes du chantier, dont la scansion apparait, indiquée par le « time code » au bas des compositions. 13 tableaux où sur fond d’un acrylique épais s’affichent l’élégance de schémas réalisés à la craie.
L’artiste, tel un géomètre ou un architecte, nous livre ses esquisses monochromes et compose en négatif / positif le dialogue géométrique des cadres montés, des panneaux en désordre, des fragments d’espace, et y promène sa silhouette d’artiste en bougé photographique.



Et le temps s’écoule et s’inscrit. Et des traces sont laissées. Bien qu’essentiellement abstraits, ces dessins, témoins d’une réalité physique, contrastent avec la distance presque conceptuelle de la vidéo qui leur a donné vie.

Par cette recherche Tristan Robin aborde la question du geste créatif à travers son coût, sa     plus-value sur le temps de travail et plus largement celle du marché de l’art où un dessin résumant cinq minutes de montage peut excéder la valeur financière de ladite cuisine présentée dans la vidéo.

Il nous rappelle également que la pratique de l’art relève tant d’un jeu que d’un travail. Une même action, deux évaluations différentes, celle d’un monde ouvrier, celle d’un monde artistique. Et de dénoncer ici les rapports complexes entre l’art et le capital sur un tableau noir dont les croquis de Tristan Robin en sont les témoins.
Où s’achève l’économique, où commence l’esthétique ?


Infos : 

- Exposition à voir jusqu’au 18 octobre 2014
- Site Web de Tristan Robin 
- Site Web de la Galerie Artitude 

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